Notre socle d’expériences

Avant la création de pensez printemps, nous avions déjà, chacun·e ou ensemble, traversé des expériences de projet. Ces trajectoires individuelles — audits, workshops participatifs, évènements, engagements associatifs — constituent un socle commun. Celui-ci infuse aujourd’hui autant la philosophie de notre société que les propositions concrètes, issues de notre méthode, que nous formulons auprès de nos partenaires.
Intégration de l’EASA Network (2017-2019)
Parmi ces expériences fondatrices, la participation de Denis à plusieurs éditions de l’EASA (European Architecture Students Assembly) comme workshop tutor.
L’EASA est un rassemblement européen d’étudiant·es en architecture, organisé par et pour les étudiant·es eux-mêmes, hors du cadre institutionnel classique. Chaque été, pendant 2 semaines, plusieurs centaines de participant·es s’installent dans un territoire donné. Ils y vivent, expérimentent et construisent ensemble, au travers d’une trentaine de workshops menés en parallèle.
Plusieurs principes fondateurs de l’EASA nous font directement écho :
- l’activation in situ : l’assemblée ne théorise pas hors-sol, elle s’installe physiquement dans un lieu réel, pour une durée définie, et en tire sa matière. Une logique partagée avec la notion de « catalyseur mobile » qui vient s’implanter temporairement sur sites ;
- le croisement des compétences : les tuteurs ne sont pas uniquement architectes. L’EASA se revendique comme une plateforme d’échange interdisciplinaire ouverte à d’autres pratiques. Nous partageons cette porosité avec notre propre « noyau dur » pluridisciplinaire, entre conseil, conception, médiation et ingénierie sociale ;
- la combinaison de l’étude, du geste constructif et de l’évènementiel : l’offre de workshops permet à la fois des réflexions théoriques sur le thème de l’année, des expérimentations concrètes sur site, et des restitutions participatives. C’est une articulation que l’on retrouve dans notre propre protocole, articulant investigation, activation et transmission ;
- la participation et l’empowerment : lors des EASA, les étudiant·es sont leurs propres éducateur·ices. Les décisions se prennent par consensus, et la réussite de l’assemblée dépend directement de l’implication de chacun·e. En retour, chaque participant·e acquière des compétences nouvelles qui permettent d’éclairer les orientations du site.
En 2017, l’EASA à eu lieu Fredericia, au Danemark, avec comme thème « Hospitality » : comment nos villes accueillent — ou excluent — la diversité sociale, à l’heure où la mobilité, choisie ou subie, redessine les rapports entre habitant·es et nouveaux arrivants.
Denis y a co-tutoré, avec Elena Sofia Congiu, le workshop « Up-to-date – Aggiornamento » — construction et design autour du mobilier urbain. « Up-to-date » partait des dimensions tant domestique qu’urbaine du mobilier — comme vecteur d’identité d’un espace, avec une ambition assumée de « mise à jour » plus durable des lieux publics plutôt qu’avec des d’interventions éphémères. Un premier terrain d’expérimentation, modeste mais réel, sur l’idée qu’un espace se transforme par la rencontre du geste architectural, des usagers et de jeunes professionnels qui, à cette occasion, ont pu s’acculturer.







En 2018, l’EASA pris place à Rijeka, en Croatie, pour proposer : RE:EASA. Le préfixe « re- » — réévaluer, reconsidérer, réutiliser, reconstruire, régénérer — portait l’ambition de réembrasser le rôle social de l’architecture, redessiner les frontières de la discipline, et surtout, cesser d’e fuir d’ignorer ce qui existe déjà pour l’intégrer pleinement dans les processus de création.
L’assemblée s’est installée au sein d’anciens entrepôts désaffectés du centre-ville, la friche de Hartera — ancienne papeterie fermée en 2005, autrefois l’un des plus grands fabricants de papier à cigarettes d’Europe. Pendant deux semaines, près de 500 étudiant·es et jeunes professionnel·les venu·es de toute l’Europe y ont vécu, travaillé, cuisiné et expérimenté ensemble, formant une communauté éphémère.
Ce que nous avons pu observer et à quoi nous avons participé :
- l’existant comme ressource, pas comme contrainte : plutôt que de faire table rase de l’existant, RE:EASA proposait de saisir l’urgence écologique et sociale comme une invitation à réévaluer ce qui est déjà là — les friches, les matériaux, les usages oubliés. C’est la conviction que nous portons aujourd’hui avec l’urbanisme de ménagement : prendre soin de ce qui existe déjà plutôt que de l’effacer ;
- l’activation temporaire comme méthode : un des workshops emblématiques de l’édition, re:MAP, a mobilisé ses participant·es pour arpenter, documenter et activer des espaces urbains « délaissés et sous-exploités » à travers toute la ville, révélant aux habitant·es le potentiel caché de lieux qu’ils avaient cessé de voir. C’est cette vacance subie et ces temps morts de la ville que nous cherchons aussi à réactiver ;
- le croisement du sensible et du constructif : entre expositions, discussions ouvertes, interventions artistiques (comme Spotlight, qui a détourné la perception de l’ancienne usine Hartera par l’anamorphose) et ateliers de construction, l’édition n’a pas séparé recherche, évènementiel et geste bâti. Cette même porosité entre le temps de l’expérimentation, celui de la médiation publique et celui de la réalisation concrète structure désormais notre propre protocole en trois phases : investiguer, activer, transmettre ;

« Masonry — rebuild the rubble », proposé par Denis et Baptiste Quételart, poursuivait des réflexions déjà engagées dans le cycle de projets « gravats » : que faire des gravats, ces matériaux endommagés que l’on néglige ou dissimule d’ordinaire ? Ce workshop proposait alors de les considérer non comme un déchet mais comme une ressource, pour en faire « un nouveau marbre à graver ». Une manière déjà d’envisager la ressource « rebut » non comme une fin, mais comme la matière d’un recommencement.
- déchets et vacant comme ressources : Masonry part du principe que les gravats — matériaux endommagés, négligés, dissimulés — sont en réalité une ressource à révéler plutôt qu’un rebut à écarter. Un même geste, appliqué à la matière plutôt qu’au site, que nous appliquons dès lors aux espaces vacants : ne pas ignorer l’abandonné, mais l’activer.
- découvrir avant de produire : la première étape du projet consistait à prendre connaissance des lieux, d’identifier ses ressources, et des personnes prêtes à partager des projets — habitant·es, autres workshops. Ce moment de découverte était un objectif du projet en soi, pas qu’une formalité de collecte.
- un programme ouvert aux usages réels : le mode d’usage du matériau final n’était volontairement pas fixé à l’avance. Le choix des programmes faisait partie intégrante du projet, et le workshop s’adressant autant aux habitant·es et passant·es du site qu’aux participant·es eux-mêmes. Le refus d’une solution prédéfinie au profit d’un usage co-construit avec les personnes concernées.






C’est en Alpes suisse, à Villars-sur-Ollon, que l’EASA interrogeait en 2019 avec « Tourist » la relation entre architecture, tourisme et société : les bénéfices comme les dommages que l’activité touristique fait porter à un territoire, à toutes les échelles.

« Cairn — a concerned workshop« , proposé par Denis, Cazembé Henry et Émilie Moreau, posait une question simple : qu’apporte le voyageur aux lieux qu’il traverse, au-delà de la photo qu’il en prend ? Il proposait alors un « examen du territoire à partir de sa substance : la matière qui le compose, les forces qui le façonnent, et les êtres qui le font vivre ». Cette manière de lire un territoire — non comme un espace vide à aménager, mais comme un système vivant fait de matière, de forces et d’habitant·es, dans lequel il s’agit de puiser pour en révéler les atouts — propose un écho nomade à la vision de pensez printemps.
- lire un territoire à partir de sa matière — pour agir dessus : les participant·es ont arpenté les paysages de Villars pendant deux semaines. Marcher, observer, collecter — puis seulement construire. Branches, pierres et bois morts ont été collectés pour les transformer, sur place, en objets et structures — bancs, tabourets, radeau, repères de sentier, espaces d’accueil.
- rendre nomade une posture frugale : être sur site, agir sur site, agir avec le site. C’est la logique même du « catalyseur mobile » dans laquelle l’entreprise s’inscrit — une structure qui ne théorise pas hors-sol, mais s’installe sur le lieu temporairement pour en tirer sa matière et sa méthode. Cette démarche, fondée sur la singularité de chaque site, rend vaine la standardisation des interventions.
- faire circuler les pratiques : la démarche de création empirique de Cairn s’accompagnait d’un croisement immédiat des approches et des compétences. Alors que les participant·es convenaient par petits groupes de ce qu’il convenait de faire, Denis et les tuteurs se tenaient prêts à les accompagner en leur proposant des idées de formalisation, ou de s’initier à des techniques constructives. Par ailleurs, une partie des matériaux collectés a été réemployée par un autre workshop pour concevoir des accessoires portés lors d’un défilé organisé sur place — une preuve concrète de ce que permet le croisement des pratiques quand plusieurs collectifs partagent un même terrain.






Premières activations de friches industrielles en métropole lilloise (2018-2020)
Prototypes et aménagements participatifs en Hauts-de-France (2018-2026)
Accompagnement pédagogique, implication sociale et pilotage sur le terrain
De janvier à décembre 2025, Oréa s’est impliquée à l’École des Sables (Toubab Dialaw, Sénégal) en tant que coordinatrice de l’organisation de la Biennale de la Danse en Afrique. Créée en 1997 à l’initiative de l’Institut Français et portée depuis 2016 par un comité de pilotage indépendant, cette manifestation itinérante était accueillie pour la première fois de son histoire sur le sol sénégalais, réunissant vingt-cinq compagnies chorégraphiques venues de tout le continent et de sa diaspora.
Oréa est intervenue plus particulièrement sur le lancement stratégique de cette organisation : poser les fondations pour que le Consortium, composé de l’École des Sables, de Zhu Culture et de Kaay Fecc, puisse pleinement se saisir de la suite.
Ce temps de lancement consiste avant tout à se tenir au croisement de logiques et de temporalités différentes : celles du Consortium – en train de se constituer ; celles de l’Institut Français, du respect des étapes de son appel à projet et dont les enjeux devaient être assurés ; celles du comité de la Biennale, garant de la mémoire et de la ligne de l’événement ; celles, enfin, des compagnies sélectionnées et des professionnel·les du spectacle vivant (presse, programmateur·ices, etc.) chacun·e porteur·se d’un contexte propre.
Fédérer ces acteur·ices, faire circuler l’information juste, traduire les besoins des un·es dans le langage des autres est l’un des points centraux de ce travail de lancement. La rétro-planification, la budgétisation prévisionnelle, la recherche de financements, le développement d’outils partagés d’organisation et de suivi en étaient les missions principales.
En quoi cette expérience fait directement écho à la méthode de pensez printemps :
- la fonction d’écoute et de passerelle entre des réalités différentes : composer avec des cadres de référence, des rythmes et des attentes différentes ; traduire, relier et redonner de la clarté à des acteur·ices – qui ne parlent pas toujours le même langage institutionnel – sont des compétences que l’on retrouve dans notre manière d’articuler élu·es, habitant·es, technicien·nes et partenaires sur nos propres projets ;
- des outils pensés pour la clarté et l’appropriation : proposer un rétro-planning, un budget et des outils de suivi lisibles n’est pas qu’un geste de gestion, mais la condition pour qu’un collectif (ici le Consortium) puisse se saisir pleinement d’un projet et le faire sien ; la même logique guide nos propres outils d’enquête et de mobilisation, pensés pour être repris par les équipes que nous accompagnons ;
- l’interculturalité comme fil conducteur : créer des lieux propices à l’échange interculturel, accueillir des personnes venues du monde entier tout en valorisant l’identité locale, choisir des thématiques qui peuvent toucher l’ensemble des personnes présentes sont autant d’éléments qui infusent notre manière de penser les projets, où la rencontre entre des publics et des cultures différentes est considérée comme une richesse.




Le Chaud Bouillon est un collectif organisé autour d’une cantine à prix libre hébergée au sein de la ressourcerie la Pagaille, dans le quartier d’Ivry Port, auprès duquel Oréa s’est investie en tant que bénévole. Son engagement y a couvert l’ensemble de la chaîne (achats et gestion des stocks, cuisine, service, entretien des lieux, etc.).
Ce qui l’a séduite, c’est l’ancrage territorial et la solidarité : les bénévoles sont très majoritairement issu·es du quartier, et les dons collectés lors des cantines bénéficiaient souvent directement à des associations et à des personnes d’Ivry et de ses environs. La cantine agit ainsi comme un relais de solidarité de proximité autant que comme un lieu de repas et de retrouvailles. L’accessibilité du lieu, par la mise en place de repas à prix libre ; la disposition des tables invitant les personnes à se côtoyer ; les valeurs de solidarité, antidiscriminatoires et d’action contre les injustices rendues visibles ; rendent les samedis midi du Chaud Bouillon conviviaux et propices aux échanges.
Quelques points communs avec nos principes fondateurs :
- l’ancrage territorial comme point de départ : faire émerger et s’appuyer sur l’implication des habitant·es d’un quartier, faire circuler localement l’information, collecter des dons pour des causes locales, est une logique qui guide notre manière de faire. Les actions de Pensez Printemps s’ancrent dans le territoire, avec ses habitant·es, plutôt que d’être conçues hors-sol ;
- la flexibilité comme condition de la participation : permettre à chacun·e d’entrer et de sortir d’un projet selon ses disponibilités et ses envies, sans perdre en qualité ni en continuité, est une exigence que l’on retrouve dans nos démarches participatives. L’enjeu est justement de rendre possible l’implication de profils variés. Il nous semble donc nécessaire de veiller à proposer un cadre de participation souple pour répondre à la variété des disponibilités et des profils ;
- l’accessibilité est un principe, pas une option : penser des modalités concrètes pour que personne ne soit exclu·e est une vigilance que l’on retrouve dans notre démarche. Nous veillons à ce que nos outils d’enquête et nos ateliers d’activation restent réellement accessibles à toutes et tous.





